Ce néologisme m'a été inspiré de celui d'Aimé Césaire (Entre autres) de la négritude Mais pas tout à fait dans le sens que voulaient donner leurs auteurs quant à ce mot.
Mais plutôt mettre en exergue la difficulté d’un état réel ou supposé qui fait éprouver le sentiment d'être en marge du commun.
Impression parfois agaçante.
Le plus souvent pénible.




Un début difficile.

 

 

Je vois le jour à Brest en juillet 1956. Pourquoi dans cette ville ? Mon père devait s’y rendre pour effectuer une période. Ma mère le suit ; Cela la rapproche de sa famille. Elle est de Landerneau. Cette période terminée, direction Nîmes. Mon père a trouvé un poste dans la région. C’est là que j’attrape la toxicose. Après trois mois d’hospitalisation en soins intensifs, mon cas est jugé désespéré. Il n’y a plus rien à faire. Aussi, les praticiens décident d’arrêter tout traitement. L’acharnement thérapeutique n’était pas encore de mise. Et c’était très bien ainsi. Ça ne durera pas. Toujours est-il qu’à la suite de cette décision, les médecins proposent à mon père de revenir le lendemain pour récupérer le certificat de décès. En principe je ne devrais pas tenir la nuit. (Ce passage m’a été relaté par mon père il y a peu) Ma mère n’était pas présente, ou il n’en fait pas allusion. Mais j’imagine qu’elle devait être terrassée par le chagrin, et qu’elle n’ait pu se rendre à l’hôpital. Elle devait s’occuper de ma sœur qui avait à peine un an. L’ambiance devait être un peu funèbre.

Le lendemain, mon père est venu pour prendre le document. Il repartira sans. En effet, je ne suis pas encore décédé. Il faudra revenir demain… Ambiance. Le surlendemain bis repetita, suite à quoi, les médecins proposent de le joindre par téléphone dès que l’évènement se produira. Le coup de fil ne viendra pas. En effet, peu de jours après, mon état s’améliore, et l’année se termine, je suis considéré comme guéri. Comment ? Pourquoi ? Les médecins l’ignorent, mais le fait est. Mais pour tempérer la joie de mes parents, les praticiens ont précisé que suite à cette affection, je risquais d’importantes séquelles neurologiques… Ambiance encore. Suite à quoi, je considère que depuis, je fais du RAB ….. L’année 1956 a dû se terminer en demi-teinte…

Courant 1958, mon père trouve un poste en Algérie. Mon frère y naît. Dans un hôpital du quartier de Bab El Oued. La famille a vécu à Kouba, Bouzareah, puis un quartier d’Alger connu, de moi tout au moins nommé Alger Plage.



C’était une villa située à une centaine de mètres d’une plage. Ce qui, pour ma mère devait être plus parlant pour elle. En effet pour une bretonne, la mer est importante. Et de fait le dépaysement moins pénible. J’en garde le souvenir de baignades, de soleil … et de bombes. De bombes, je me souviens, un soir d’hiver, je pense car il faisait déjà nuit, au bout de la rue, à l’opposé de la plage dans une rue qui longeait le littoral était située une épicerie. Un éclair dans la nuit. Le lendemain parti avec ma mère faire les courses, je me souviens de la boutique calcinée. Pour l’anecdote, Des chiens et des chats faisaient partie de la famille. Et un de ces minets portait le nom de Plastic. C’était tendance. Mon père entrainait ma mère à tirer au 6-35. Au cas où … Ce n’était pas son arme de service, l’arme de poing en service dans l’armée était en 9mm, le MAC 50.


Et aussi de vacances en France. Je me souviens du calot bleu clair de l’hôtesse de l’air, de la Caravelle, du Breguet Deux-Ponts d’Air France. Chez ma grand-mère paternelle qui habitait à Paris, rue Saint Jacques entre la Sorbonne et le jardin du Luxembourg. Le grand bassin devant le palais où voguaient moult petits navires à voile. Un petit théâtre de marionnettes, des poneys placides que montaient les enfants. En 1960 ou 1961, je n’ai pu situer l’évènement, mon frère attrape la diphtérie. Je me souviens, sur une table à manger le trou rond dans la gorge pratiquée par le médecin. Je me souviens de l’ambulance militaire qui menait vers l’hôpital. Le chauffeur la MAT49 à la portière. Je me souviens de l’ouverture de Tannhäuser de Wagner que j’ai pu resituer bien des années plus tard. D’une reproduction d’un tableau de Gauguin « Les Tahitiennes » qui devait se trouver près de mon lit.


1960 En vacances en France.
En route vers le jardin du Luxembourg.

Les ennuis commencent ...

1962 commence, les évènements pénibles et récurrents ont raison du moral de ma mère. L’alcool s’installe. Mon père rencontre une belle Kabyle. Une de mes demi-sœur est en route, sinon déjà née.
En octobre, avec le chat Plastic dans la soute, nous prenons l’avion pour rentrer à Paris. Mon père reste à Alger. Il y restera encore dix ans.
Là, la chronologie des évènements devient incertaine. Les choses se précipitent. Ma mère disparait de la circulation, et dans un premier temps, Nous sommes confiés à une famille d’accueil dans les Yvelines. C’est là que j’ai reçu ma première gifle.

Ce devait être aux alentours des fêtes de fin d’année. J’avais dans les mains un coutelas d’indien avec une lame en caoutchouc. Issu sans doute de la panoplie idoine. Du haut de mes bientôt six ans, j’ai voulu expliquer que, si la lame, du fait de sa composition était sans danger quant à son usage premier, par contre cela pouvait être douloureux si on l’utilise différemment. Et pour démontrer la justesse de mon raisonnement de prendre la main de la personne et de lui claquer cette lame sur le dos de la main. La réponse ne s’est pas fait attendre. Cette gifle, si je ne l’ai pas oubliée, je ne me souviens pas de ce que j’ai pu éprouver face à la violence de cette réaction. Mais bon, c’était à titre d’entrainement, de mise en bouche pour ce qui allait suivre.

En effet, ma grand-mère paternelle trouve un pensionnat du coté de Lozère dans l’Essonne tenue par une dame certainement bien sous tous rapports. Elle nous est présentée en tant que « Tante Su » Elle se prénommait Suzanne Cette personne possédait une grande maison en pierre meulière face à la ligne de chemin de fer. Dans cette maison, un hall qui me paraissait immense et au fond un escalier en pierre de la même eau.

J’arrive dans un monde nouveau. Moi qui avais appris à manger dans une assiette en porcelaine avec un couteau, une fourchette ou une cuillère, boire dans un verre en verre, je découvre les gamelles et bol en plastique et pour tout couvert une cuillère. Le matin, ce bol en plastique rempli d’un brouet probablement chocolaté rempli d’ignobles grumeaux qui ne devenait pas meilleur quand après un haut le cœur, je le vomissais je devais avec force gifles le ravaler.

L’école avait lieu sur place. Tante Su, avait une pédagogie pour le moins sommaire. Tu ne comprends pas, ne lis pas de suite, cela se traduit immédiatement par des coups d’ardoise sur la tête agrémenté des gifles réglementaires. Il y avait aussi les séances d’humiliations collectives. Dans le groupe de mômes, il y avait une gamine qui devait être passablement dérangée. J’entends par là qu’elle devait avoir des problèmes psychomoteurs. Elle marchait voutée et remuait constamment la tête. Un jour elle est prise à partie par Tante Su. Elle lui fixe un manche à balai dans le dos et lui passe les bras derrière par la faire se tenir droite. Ce ne devait pas être suffisant. L’intention n’a manifestement pas été comprise. La gamine n’avait pas su prendre la bonne position. Suite à quoi elle a dû faire une crise de nerf et est parti en vrille. Tante Su ne se laisse pas impressionner, attrape la môme la plaque sur ses genoux, la déculotte puis ordonne aux autres de se mettre en rang et chacun son tour de lui claquer les fesses. Je n’ai pas souvenir du résultat didactique de la manœuvre. Il y avait aussi un môme qui faisait partie des petits. C’est-à-dire plus jeune que moi ; six ans à l’époque. Il devait avoir trois quatre ans. Il était couvert d’eczéma ou quelques choses d’approchant. Une peau recouverte de croutes. Un matin Tante Su donne un coup de balai en haut de l’escalier. Le gamin a la malchance de se trouver sur le chemin. Un coup de balai l’envoie débouler les marches et s’affaler dans le hall. Là aussi, ma mémoire fait arrêt sur image, je ne me souviens plus de la suite. Tous les quinze jours environ, la grand-mère paternelle venait nous voir. Sans doute s’assurer que tout va bien. Et manifestement tout allait pour le mieux.

Mais, me direz-vous ; il eût été possible de se plaindre ? D’éprouver quelques rancœurs face à ces méthodes un peu expéditives ? Et donc en faire part ? Bien sûr ! Un jour de visite, ma sœur s’y est essayée. C’est elle qui m’a relaté ce passage trente ans après. L’objet de la plainte était pour le moins anodin. Elle s’est donc plainte de l’heure tardive à laquelle nous devions rester devant la télévision. La grand-mère écoute, puis se tourne vers Tante Su :

- Est-ce vrai, madame ?
Tante Su :
- Mais non voyons ! Les enfants sont couchés de bonne heure.
Grand-mère se tourne vers ma sœur :

- Tu as entendu ce qu’a dit Tante Su ? Ce n’est pas bien de mentir. Il ne faut pas recommencer.

Dont acte. Merci madame, au revoir madame. La porte à peine fermée, ma sœur prend la raclée apte à la dissuader de toute médisance à l’égard de notre bienfaitrice. Un dessin n’aura pas été nécessaire pour comprendre ce qu’il ne vaut pas tenter.

A la fin de l’année, nous avons droit aux sports d’hiver. Tante Su ne recule devant rien pour assurer notre bonheur. Elle possède un chalet dans les Alpes. Je ne me souviens pas comment nous y sommes rendus. Par train probablement. La neige, c’est la seconde fois que j’en vois. La première, fois lorsque mes parents se sont rendu dans le Jura rendre visite à des proches. Mais c’est un souvenir très fugace. Là, c’est du concret. J’ai même dû adopter le passe-montagne. Vêtement des plus hideux à mon sens. Une volée a suffi pour me faire changer d’avis.

Je me souviens, Tante Su son balai à la main dans l’escalier (encore) me surprend à rêver dans le vestibule. A portée de balai, je le prends dans la figure suivi d’un ordre qui n’appelle aucune discussion, à savoir mettre la fermeture éclair de l’anorak d’un petit. Ce faisant, en me tournant vers un grand miroir placé sur un mur, me vois un filet de sang coulant de la tempe vers la joue. Ce n’était pas l’hémorragie heureusement sinon je risquais de tacher mon anorak.

Dans cette même période, j’ai été condamné au pain sec et à l’eau. Le fils de Tante su était présent pour la seconder. Et c’est lui qui m’a interrogé pour me faire avouer la faute pour laquelle je suis condamné. Je ne devais pas le savoir ; Et ne le sais toujours pas. Suite à quoi, j’ai gardé un goût très modéré pour les sports d’hiver. Pour preuve, je n’ai à ce jour jamais mis les pieds dans une station de ski.

De retour à Lozère, les jours passent avec leurs lots de brimades. Je me souviens, les jours de bain dans le garage. En effet, dans ce garage qui devait servir de cave car aucune voiture ne s’y trouvait, il y avait une baignoire. Et dans ce garage, à la queue leu leu, nus, les gamins attendaient leur tour pour y être nettoyés. C’était assez désagréable, vu qu’il n’y avait pas de chauffage. Mon tour venant, j’ai dû regimber car de l’eau dans les yeux. La réponse a été immédiate, j’ai eu droit au jet d’eau dans la figure …

Dans le jardin, il y avait encore de la neige. Et je trouvais très beau cette dernière avant qu’elle ne soit souillée par les traces de pas qui ne manquaient pas d’apparaître.

Le printemps s’est installé. Les feuilles ont de nouveau paré les arbres et les fleurs orner les parterres. Je me souviens avoir pour la première fois entendu le chant du merle. Et depuis le chant de ce sympathique oiseau m’est pénible à entendre.

Délivrance.

Un jour, un improbable événement se produit. De passage dans le hall, j’aperçois ma grand-mère maternelle devant l’entrée échangeant des propos orageux avec tante su. Comment ma grand-mère maternelle a-t-elle retrouvé notre trace ? Je ne le saurai pas. Toujours est-il, malgré les refus de tante su, elle parvient à nous reprendre.

Et nous ramener en Bretagne. Mes grands-parents maternels avaient élu domicile dans un village près de Rennes dans une maison de gardiens d’un château. A ce niveau du récit, pour situer le contexte, une courte biographie de mes grands-parents maternels s’avère nécessaire.

Ma grand-mère maternelle était issue d’opulents commerçants de Landerneau. Mon grand-père maternel, un fils de famille ruinée pour une raison que j’ignore. Ce couple ainsi formé a passé des années à dilapider l’héritage en fêtes, en sorties à l’amirauté à Brest et partout où il était bien vu de se montrer autour de Brest. La cocaïne et l’opium étaient déjà à l’honneur. Je les ai vu sur une photo en tenue de gala devant une grosse berline de l’époque (Les années 1930) J’ai un oncle (Si tant est que je puisse le qualifier ainsi, la dernière fois où je l’ai rencontré il y a une quarantaine d’année lors des obsèques de ma grand-mère maternelle et jamais revu depuis) qui n’est pas le fils de mon grand-père maternel.

Ruinés, ils se retrouvent donc l’une à nettoyer des coquilles saint Jacques pour je ne sais quel usage et l’autre jardinier du château.
Là, je reviens à l’épisode du retour. Ce retour s’est fait en train de Paris à Rennes. En car de Rennes à Mordelles. Puis à pied de Mordelles à Montfort. Je me souviens, voir ma mère courant en pleur à notre rencontre. Il faut la comprendre ; cela faisait bientôt un an qu’elle n’avait plus de nouvelles de nous. Mais moi de m’étonner. Pourquoi pleure-t-elle ? Sans nous, elle peut toujours se débrouiller ? Nous pas. Donc ce serait à moi de pleurer de joie. Ce ne sera pas le cas.

Les ennuis se précisent.

C’est à cette époque qu’un fait va commencer à courber mon destin. Cette maison de gardien, contemporaine du château avait une cave. Dans cette cave, ma grand-mère entreposait et lavait ses coquilles et mon grand-père le bois qu’il fendait pour la cheminée. Un jour où il se livrait à cette activité (fendre du bois) devant l’entrée de cette cave, je tournais autour du billot. Et là, la hache tombe, fend la bûche et fait jaillir des éclats de bois. J’en prends un dans l’œil. Pas n’importe où. Dans la pupille, au centre de la cible. Qui comme je trottais était mouvante. D’où la probabilité que survienne l’accident devait être comparable aux chances de gagner au LOTO. Je me souviens du cabinet de l’ophtalmologiste à Paris, de la pince pour retirer l’éclat de bois et de la piqure dans le blanc de l’œil. Je me souviens aussi de la question qu’il me posât : Que veux-tu faire plus tard ? Piloter (un zinc) a été ma réponse. C’était un projet qui commençait à prendre forme dans mon esprit. - Tu ne pourras plus jamais, me répond-il. Que veux-tu faire d’autre ? Je suis pris de court. Je n’ai pas encore conscience du coup dans la figure que je reçois. Il veut une réponse. Je mouline rapidement et choisi au hasard électricien. Ça ne me parle guère plus que rempailleur de chaises ou cantonnier mais ma réponse convient à ce con. J’en suis donc libéré.

Lors de cette période de suivi par l’ophtalmologiste, ma mère et nous, sommes logés dans une grande maison à Mareil marly. Qui je crois appartenait au frère de ma grand-mère paternelle. Mon grand-oncle, en l’occurrence. Il se nommait Paul Guienne. Il a été l’inventeur de L’Aérotrain avec son collègue Jean Bertin. Une rue de son village natal dans la Sarthe porte son nom. Bon là je m’égare …

C’est aussi à ce moment-là que je fais connaissance avec le milieu éducatif. L’école. J’ai donc commencé ma scolarité en région Parisienne. Mal commencé, dirais-je. Je me souviens avoir voulu (Peut-être pour plaire) arriver dans l’établissement avec le costume d’indien que j’avais eu en cadeau à Alger. Quel n’a pas été choix plus calamiteux. La réaction du personnel enseignant de l’époque (Qu’en est-il aujourd’hui ?) ne s’est pas fait attendre. Je me suis fait descendes en flamme et intimé l’ordre de retirer le costume. Suite à quoi le peu de temps passé dans cet établissement a été des plus bancals. Je n’ai pu m’y adapter.

L’œil considéré comme quasiment perdu, nous sommes retournés en Bretagne. Dans la maison de gardien de mes grands-parents maternels. Le temps que ma mère a été hébergée chez ses parents ont été des plus pénibles. Les esclandres n’en finissaient pas. Même tard le soir. Ma mère était la cible de tous les reproches possibles. Sa mère la chapitrait sur tout. L’état de ma mère ne s’est pas arrangé. Elle a même dû quitter en hiver cette maison à pied avec mon frère dans les bras pour je ne sais où. Il lui a fallu revenir.

Quelques temps après, ma mère arrive à trouver un logement dans le bourg de Mordelles. Un logement, c’est beaucoup dire… Une masure d’une pièce avec un coin cuisine et d’improbables sanitaires. Avec, je me souviens un plancher en pente … Une des fenêtres donnait sur la rue. L’autre donnait sur la cour d’un forgeron. Avec les bruits du marteau sur l’enclume. Je me souviens avec horreurs avoir vu la fille de l’artisan qui devait ne guère être plus âgée que mois (Six ans) attacher un chaton par le cou avec une ceinture en tissu et le faire tournoyer autour d’elle. Quant au frère plus âgé d’attraper des corbeaux, leur couper les ailes et les entasser dans un casier grillagé. Cela commençait à faire beaucoup.

Mon père est passé une fois dans cette maison. Pour la conciliation pré-divorce, je crois. Cela a dû être houleux. Je me souviens, j’étais assis sur un siège témoin des conversations parentales. Mon père est venu vers moi, s’est accroupi pour se mettre à ma hauteur et me dit ceci : « Thierry ne te maries jamais ! » Reçu 5 sur 5. Je ne me suis jamais marié. Et toujours pas près de le faire. Injonction parentale respectée.

Je me souviens aussi que l’envie de voler n’était pas éteinte de transformer après moult découpages un chapeau de cow-boy en feutre en casque de pilote. Avec les lunettes taillées dans un morceau de carton avec de l’adhésif transparent faisant office de verres. Le dossier d’une petite chaise où j’avais dessiné les cadrans pour le tableau de bord de l’aéronef.

Je refais de nouveau connaissance avec l’école. Au départ, dans le pensionnat religieux où avait été placé ma sœur (Elle sera pensionnaire quasiment une dizaine d’année) J’ai voulu rester avec elle dans sa classe de cours préparatoire. Ça me passe au-dessus de la tête, j’ai d’autres soucis. Aussi, je suis ramené manu militari dans la classe de maternelle. Cris, révolte, rien n’y fait. Néanmoins, les enseignantes ont su faire et me rasséréner avec moult dessins et coloriages. Le cours préparatoire, je le fais dans une autre école. Une petite école religieuse aussi tenue par des frères Maristes. Dans ce petit établissement, deux femmes : la maitresse du cours préparatoire et la cuisinière. Il y avait quatre salles : le cours préparatoire avec une maîtresse., Les cours élémentaires 1ère et 2ème année avec un instituteur, les cours moyens 1ère et 2ème année avec un autre instituteur puis la classe de certificat d’études faite par le frère supérieur, directeur de l’établissement. Et un vieux religieux, le frère Séraphin professeur de dessin. J’y reviendrai.

Le cours préparatoire se passe bien, je passe en CE1. L’instituteur à blouse grise était connu pour hurler beaucoup. L’année précédente en CP, entendre les éclats de sa voix au travers la cloison n’avait rien de rassurant. Sur place, il a fallu faire avec. Le cheveu noir, l’air sévère. Il avait un stylo à quatre couleurs en fer dans la pochette de sa blouse. Je l’enviais pour cela. La classe était donc divisée en deux section ; les CE1 et les CE2. Cet instituteur avait la particularité après chaque classement mensuel de positionner les élèves en fonction de leur résultat. Et contrairement à ce qui devait se faire plaçait les premiers au fond de la classe. Les derniers, juste devant son pupitre. Ce qui somme toute est assez judicieux. Il gardait les plus faibles à portée de voix. D’entrée de jeux, j’ai eu la chance (ou le bon goût) de me placer d’emblée dans les premiers. Ce qui permettait d’être relativement à l’abri de ses hurlements. Comment ? Pourquoi restais-je bien noté ? Peut-être par nécessité. J’ai donc passé deux années scolaires avec cet homme. Je n’ai jamais eu de discussions avec. Sinon devant son bureau pour réciter les tables de multiplications. Les cours de dessin dispensés par le frère Séraphin étaient une détente, une évasion. Et je m’en sortais bien. Plus tard, j’ai appris qu’il avait voulu m’initier à la peinture et à l’aquarelle. Il est décédé avant. J’ai assisté à ses obsèques en forêt de Brocéliande. Puis vient le Cours moyen (CM1) Là l’instituteur était plus classique, plus académique aussi. Je n’y ai fait qu’un trimestre. En effet, ma mère s’est fait attribuer un logement HLM dans la banlieue de Rennes.

A Rennes

D’où changement d’école. Mais cette fois, l’école communale et laïque. Pourquoi ? Parce-que ma mère a pu prendre contact avec son futur ex beau-père qui vivait à Mougins à quelques kilomètres de Cannes. Celui-ci ayant coupé toutes relations avec son fils sur un différend familial sur la génération précédente. Mon père était aussi enfant du divorce. Donc Pourquoi l’école laïque ? Parce que s’étant proposé de financer nos études et en tant que libre penseur, l’enseignement religieux ne lui paraissait pas pertinent. Mais voilà, les programmes de la communale sont plus avancés que ceux de la petite école religieuse. Vais-rattraper le retard en prenant l’année en cours au second trimestre ? Sinon il me va falloir redoubler. Ce ne sera pas nécessaire. D’emblée, je suis classé dans le premier tiers de la classe. Comment ? Je ne sais.

A la maison, ma mère déprime de plus en plus. Elle passe des nuits entières à rédiger à la machine des plaidoiries relatives au divorce qui se traine. Si les premiers temps elle a pu tant bien que mal tenir la maison cela s’est progressivement dégradé. Ma mère n’a plus ni moral ni énergie. Les devoirs à la maison passent à la trappe. Le matin, il faut se réveiller par soi-même pour être à l’heure en classe. Je me souviens qu’elle nous avait inscrits au catéchisme. Sa culture Bretonne était très présente. Aussi, le mercredi soir, il fallait se rendre chez une jeune femme qui avait pour rôle de préparer les enfants à la séance de « caté » du jeudi matin. Pour ce faire, il fallait avoir appris les questions et réponses d’un manuel de formation religieuse. Déjà peu porté sur la chose, il me fallait néanmoins réciter ce que je devais avoir appris par cœur la veille. Ce que je ne faisais pas. Aussi je retenais le nécessaire quand nous était donné un court moment pour réviser. Aussi je m’en sortais à chaque fois.

En classe, ça se passait relativement bien. Sauf une fois après que l’instituteur eût corrigé les rédactions du cours de français, m’appelle à son bureau. Là, paternellement me demande si j’ai copié sur un livre pour rédiger ma rédaction. Stupeur de ma part, mais pas de réactions visibles. Il m’avait été dit qu’il fallait beaucoup lire pour bien écrire. Ce que j’avais fait. Le résultat a dû dépasser les objectifs. Donc si se souvenir des livres lus pour apprendre à tourner ses phrases, c’est copier ; Alors oui j’ai copié. L’incident ne s’est pas reproduit. Sans doute ai-je adapté ma prose plus en phase avec le niveau scolaire qui doit-être le miens. A l’avenir, ce sera donc service minimum. Pénibles les cours de sport ou de gymnastique, je suis tenu de faire du football. Je fais donc semblant. Jusqu’au moment où je ne ferai plus semblant.

Les vacances se passaient en deux temps: un mois à Mougins, et un mois en colonies de vacances. La Colo grande formatrice de vie en troupeau. J'en veux pour preuve cette anecdote:
Dans cette colonie située près de Saint-Malo les mômes étaient identifiés par sexe et groupe d'âge avec un foulard de couleur. Chaque jour, chaque groupe était dédié à une activité. Un jour, j'ai été surpris à glander seul, à rêver, sans doute. Mal m'en a pris. Un moniteur s'est rué sur moi, m'attrape par le foulard, me secoue vigoureusement, me demande en hurlant où se trouve mon équipe. D'une main je lui désigne son emplacement probable. Il me relâche et m'ordonne de courir la rejoindre. Je m’exécute. Sans doute le garçon était tenu de faire respecter des consignes de sécurité. Mais il ne lui était sans doute pas interdit de me le signifier gentiment. Cet évènement a participé entre autres à mon peu d’empressement à la jouer collectif. Tare inadmissible de nos jours. Mais c’est ainsi.

L’école primaire se termine, je suis admis en sixième avec ce commentaire de l’instituteur : « Elève doué mais qui devra avoir la volonté de bien faire ce qu’il fait. » Au collège, je suis inscrit dans un collège de banlieue, près de chez moi. Mon grand-père paternel avait proposé à ma mère de prendre mon frère et moi à Mougins pour nous inscrire au lycée Carnot. Un grand établissement Cannois. Mon futur eut été différent. Elle a refusé. Elle savait ce qu’elle avait à faire. Cruellement, en l’apprenant ; je ferai chèrement payer ce choix à ma mère quelques années plus tard en rompant tout contact pendant près de dix ans. Il y avait aussi ce magistrat militaire qui en pinçait pour elle. Il a été reconduit parce qu’il envisageait de nous mettre en pension. Trop dur pour ma mère. Elle pensait encore trop à mon père.

Ce petit collège fraichement construit. Et pas encore terminé ouvre ses portes. La tenue réglementaire est la blouse. Deux blouses. Bleu marine pour les garçons, bleu clair et beige clair pour les filles. Et le nom brodé en rouge au-dessus de la pochette. Sur mon unique blouse bleue, ma mère inscrit mon nom grossièrement en bâton. Elle n’a jamais aimé coudre. Le matin, il faut maintenant trouver les clefs pour quitter l’appartement pour aller au collège. En effet, le matin, ma mère dort encore et garde la porte fermée. L’année scolaire avance, ma blouse montre des signes de fatigue ; les coutures se défont. Mes résultats scolaires font de même. Je suis admis de justesse en cinquième.

Je ne m’étendrai pas sur les fêtes de fin d’année. Ces quelques jours officiellement consacrés à la famille et à la joie, prenaient à la maison une coloration particulièrement sinistre voire funèbre. En effet, ma mère isolée de sa famille et hantée par la fin catastrophique de son couple, devant ce pauvre sapin misérablement décoré nous offrir de tristes présents en pleurant. Depuis, j’éprouve une solide aversion pour ces évènements. Même si par la suite, lors de mes expériences conjugales successives j’ai dû en repasser par là. Mais mentalement j’étais ailleurs.

Tout s'écroule

En cinquième, c’est l’effondrement. Je ne comprends plus rien. En mathématiques, comme dans les autres matières d’ailleurs, mes notes tendent vers le zéro sur vingt. En cours d’année, le professeur de mathématiques, au vu des résultats catastrophiques prend la peine de jeter un œil sur mes cahiers. Ou du moins ce qui devaient être considérés comme tels. A la vue du foutoir complet qui s’offre à sa vue, il se contente de me coller une gifle cinglante, puis tourne les talons, continue son cours. Ce sera le seul échange que j’aurai avec les professeurs. Je sens que tout craque. Mais que faire ? J’ai eu droit à passer des tests de la part de service d’orientation. Avec entre autres ranger des cubes dans un ordre donné. Humilié, je m’exécute d’une main. « Tu peux utiliser tes deux mains » me dit suavement la professionnelle de l’orientation. Humiliation supplémentaire. Suis-je trop con pour ne pouvoir faire ces activités imbéciles d’une main ? Je ne connaitrai pas les résultats, en fin d’année, je passe en classe poubelle. J’en ai ravalé mes larmes. Il ne me restait que cela. Je n’avais rien à attendre des adultes. Mais pour cacher à mon grand-père paternel mon naufrage scolaire, il m’a été donné de passer le « certificat d’études » A l’époque, c’était déjà devenu optionnel, voire symbolique. Je passe donc cette formalité, et peux, aux vacances à Mougins exhiber ce papier aux yeux satisfaits de mon aïeul.

Cette classe « poubelle » poliment désignée 4ème Pratique était dirigée par un instituteur trentenaire à la fibre ouvrière bien ancrée. Complètement à l’opposé de la directrice de l’établissement que l’on voyait apparaitre en hiver la mise en pli soignée et manteau de fourrure. Cette classe était composée de gamins considérés comme inaptes à la culture générale et de débiles légers. Je touchais le fond. Je me souviens d’un gamin un peu limité mais qui possédait pleins d’autocollants « Ricard » Son géniteur devait œuvrer dans cette maison. Aussi, j’échangeais mes résultats d’exercices de calcul contre ces objets. Pour décorer mon vélo. 1968 avait déjà deux ans, et les premiers délires pédagogiques ont commencé à sévir. Et les notes classifiées en cinq lettres. Pas de mauvaises pensées, ces cinq lettres allaient de A à E. Aussi, je me sentais vexé. « A » était trop près de « E » Je me souviens aussi lors des cours de travaux manuels (Pour lesquels je n’ai jamais brillé) Il fallait fabriquer une boite en bois. Pour quel usage ? Je ne m’en souviens plus. Toujours est-il que les morceaux de bois nécessaires à son élaboration, il fallait les scier correctement. Ce que je n’ai pas su faire. Je n’ai guère fait de progrès depuis. Aussi, pour ne pas insulter l’avenir, j’échange subrepticement mes morceaux de bois mal taillés contre ceux, biens ouvragés d’un gamin au potentiel intellectuel très limité. Je considérais qu’il n’avait rien à perdre ; moi si. Je cloue donc rapidement son œuvre sur mon bricolage. Au final, ce dernier passe à peu près correctement. Quant à ma victime, elle se fait copieusement allumer par l’instituteur pour ce travail « salopé » Le garçon n’a rien compris. Cruel, mais pour moi, c’était vital.

A cette époque, en fouillant ce qui restait de la bibliothèque de ma mère, je découvre Erskine Caldwell (Un contemporain de John Steinbeck avec l’ironie en plus) avec son livre « La route au tabac » La noirceur et la sensualité un peu glauque de ces univers tranchaient avec la prose convenue des ouvrages « pour la jeunesse » que j’avais lus par le passé. Je suis tombé aussi sur « Le mur » de Sartre. J’avais bien aimé. Je ne me livrerai pas à une exégèse de ces ouvrages, ce n’est pas le sujet. Néanmoins, cela m’a amené plus tard à trouver plaisir à lire des auteurs que mon niveau « culturel » officiel ne me prédestinait pas.

La fin de l’année scolaire se termine par mon admission dans un établissement appelé « Collège d’enseignement technique » pour préparer en trois ans un parchemin joliment nommé Certificat d’aptitude professionnelle en mécanique. Super ! Je ne l’ai jamais souhaité. Mais que des gens bien intentionnés ont cru bon pour moi.

L’établissement était situé en centre-ville. Les bâtiments étaient anciens, respiraient la formation professionnelle des futurs vaillants ouvriers de l’industrie des années 1950. Seule l’aile abritant les ateliers avec leurs machines-outils était de facture plus récente.

Les classes dédiées à l’enseignement dit « général » étaient à niveau. Comme des petits amphis. Cela me plaisait bien. Le professeur de mathématiques était une espèce de professeur Nimbus qui faisait son cours à toute vitesse. Noircissait (à la craie blanche) le tableau de ses démonstrations, puis au bout d’une heure (les cours duraient deux heures) passait à l’interrogation écrite. La plupart des élèves coulaient. Un peu plus de pédagogie eût été plus adaptée à leur cas. Mais bon, c’était l’époque. Je m’en sortais avec des notes qui tournaient autour de 18/20. Comment je faisais ? Je ne m’en souviens pas. Ce n’est pas avec les devoirs à la maison que je ne prenais pas le temps de faire. Cela faisait bien longtemps que j’avais oublié cette pratique. Ma mère était depuis longtemps dépassée. Il y avait un élève qui faisait encore mieux. On l’appelait « Frisette » il était roux et frisé. Il était de l’assistance publique. Ce gamin, orphelin donc possédait une improbable « Mobylette » trafiquée par ses soins. Et de fait arrivait en cours régulièrement une heure en retard. Aussi, lorsque les cours de mathématiques avaient lieu de huit heures à dix heures. Il arrivait vers neuf heures, à la fin de la démonstration les mains couvertes de cambouis. Juste avant l’interro. Le temps de rejoindre sa place, il parcourait d’un œil le tableau et, In fine, terminait comme moi approchant les 20/20. Nous avons implicitement sympathisé. Et lors des parties de belotte, en salle des élèves nous avions mis au point des codes pour tricher et optimiser les chances de gagner.

Je n’avais pas de « Mobylette », aussi, après avoir fait le tour des garages à vélos des immeubles alentour, j’ai porté mon dévolu sur un engin qui paraissait peu utilisé, avec un siège biplace ; le top. Je le sors dans la rue, scie l’antivol, la démarre, et rentre chez moi. Il y avait aussi le professeur de français-Histoire/Géo. C’était un autre genre. Un monsieur grand, carré, le costume bien coupé, la coiffure soignée. J’avais remarqué sur le revers de son veston le petit insigne des parachutistes. Ce devait être un ancien militaire. Sa personnalité me plaisait bien. Il émanait de cet homme une espèce d’autorité teintée d’ironie. Et lorsqu’il rendait les copies, venant mon tour, pose son regard sévère sur moi, un temps d’arrêt, prend ma copie dit « Mazaleyrat, comme d’habitude ! » Tétanisé, je me recroqueville en me demandant ce que j’ai bien pu foirer. « Très bien » me dit-il en déposant ma feuille sur mon pupitre. Pour les devoirs de rédaction, je n’ai jamais été soupçonné de pomper sur des ouvrages existants…

Lors des séances dites professionnelles, ça a été un autre registre. En début d’année, l’un des professeurs fait un cours sur la sécurité. En effet, ces machines outil destinées à usiner des morceaux de fer étaient potentiellement dangereuses à défaut de précautions indispensables. A l’époque, la mode était aux cheveux longs. Pour ma part, comme beaucoup d’autres, je les portais sur les épaules. Et de fait il fallait porter une espèce de résille sur la tête pour retenir les cheveux. Et les manches de bleu de travail correctement boutonnées. Parce que, disait cet enseignant, il est arrivé des accidents avec des gens scalpés par les machines pour avoir laissé trainer sa chevelure sur les trucs qui tournaient. Ou le bras arraché pour avoir laissé trainer un bout de manche à portée des dents de la machine. Suite à quoi, dans cette tenue ridicule, mon seul souci a été de ne pas trop m’approcher de ces engins. Ce que la machine pouvait faire, je m’en foutais éperdument, mon intégrité physique passait avant tout. Même si aux tout débuts, j’ai essayé de m’appliquer. Mais mon modus operandi et ma motivation étant, les résultats étaient très moyens. Voire pires … J’ai été admis en deuxième année. Ce sont les mêmes professeurs qui président à cette nouvelle année. Le professeur de mathématiques un jour me suggère de reprendre un baccalauréat technique à l’issue des trois années, le certificat d’aptitude professionnelle en poche. Je n’ai pas décliné, mais encore fallait-il tenir jusque-là.

A la maison, ma mère est semée, elle passe la main à un service social. Et je suis présenté à l’assistante sociale. Suite à quoi, dans un premier temps l’internat m’est proposé (ou imposé) Après les fêtes, me voilà pensionnaire. Il n’y avait qu’un garçon de ma classe qui avait ce statut. Les autres étaient élèves en BEP ; le niveau supérieur… Après ou avant le diner (je ne me souviens pas), il y avait étude pour faire ses devoirs. Dans le local d’étude, il y avait des tables de cinq ou six places. A l’une de ces tables, moi, mon camarade de classe et trois ou quatre élèves en BEP. Ils étaient tous très sérieux et c’est avec beaucoup d’application qu’ils se livraient à leurs travaux du soir. Moi pas. Mes cahiers restaient constamment fermés. J’attendais que ça se passe. Je me souviens qu’un soir d’étude, devant mon persistant refus d’ouvrir un cahier, un garçon de BEP demande alors à mon camarade d’étude si j’étais le représentant des cancres de la classe. Non, répond-il, c’est le premier de la classe… Je me souviens avoir éprouvé une ironique satisfaction devant le regard étonné du questionneur.

Le second trimestre arrive, ma répugnance pour les machines atteint des sommets. Je fais n’importe quoi. Pour autant que je ne me mette pas en danger… Un matin au début d’une journée d’atelier après avoir revêtu ma tenue de travail, j’ai été pris d’une crise qui pourrait être de l'asthme. Je ne pouvais plus respirer. C’était terrible, je me sentais étouffer. Aussi, en économisant mes geste, pendant que les autres rassemblaient leurs outils, je me débarrasse de mon bleu, et sans rien demander quitte l’atelier, traverse la cour, passe la sortie et rentre chez moi. Il était pour moi hors de question d’aller voir un responsable. Je craignais de devoir me justifier, remplir des formulaires et attendre les décisions à mon égard. Je me sentais crever, je n'avais pas le temps, j’étais trop affaibli pour passer sous ces fourches Caudines. Ces craintes étaient sans doute imaginaires, mais ma confiance envers les adultes aidant, je ne voulais prendre aucun risque. Peut-être quinze jours après, de nouveau sur pied, je retourne en cours. Je ne me souviens pas si j’ai été questionné.

Toujours est-il qu’avant la fin du second trimestre, je déserte l’école. Sur les conseils d’un camarade de classe, je me fais recruter comme laveur de carreaux dans une petite entreprise de nettoyage. Et entre deux coups de serpillère dans les locaux d’une banque et de raclette sur les vitres d’un établissement quelconque, je passe chercher à la caserne du quartier les formulaires pour m’engager dans la Royale. Pourquoi la Royale, alors que mon désir était de voler ? La logique eût été de choisir l’armée de l’air. Mais vu mon profil, c’eût été comme un eunuque recruté dans un bordel… Dans la Marine, j’avais au moins quelques chances d’être embarqué à bord d’unités opérationnelles. Et puis, j’avais quelques références maritimes dans la famille. Je n’ai donc pas eu de mal à faire signer les documents par ma mère. Je suis convoqué très rapidement pour faire mes « trois jours » à Guingamp. Là, plein de tests physiques, mentaux ; puis à la question du temps d’engagement. Trois ans ? Cinq ans ? Ce sera cinq ans. Je dois avouer, que suite au handicap de mon œil j'ai dû tricher. Parfois, la fin justifie les moyens ...

De retour à Rennes, Je passerai encore quelques mois avec mes instruments de lavage. Mes loisirs se passent dans la banlieue à proximité du domicile maternel. Entre une « maison de jeunes » et un troquet de quartier. Entre beuveries et bagarres. L’été est arrivé, je vais avoir dix-sept ans. L’appel tarde à venir. Le temps me semble bien long. A l’issue des « trois jours », il m’avait été dit que je partirai très rapidement. Je suis toujours suivi « socialement » L’assistante sociale très imbibée « 68 » voit mon choix d’un mauvais œil. L’armée ce n’est pas bien. C’est fait pour tuer les gens ! Fort bien, et alors ? Fidèle à mon ressenti vis à vis des adultes, je crois n’avoir rien répliqué. Sans doute pas découragée, ma « protectrice » me fait inscrire dans une formation de pré-FPA. Louable décision pour ne pas me laisser sans formations. Pas contrariant, j’intègre donc l’organisme. Je me retrouve donc, une fois de plus dans un contexte de gamins en difficulté. A réapprendre à lire, à compter, puis couper des morceaux de bois, plier des tôles, faire du ciment et autres activités de la même farine ad nauseam. Je déserte de nouveau. Le responsable de formation arrive à me joindre au téléphone pour me convaincre de ne pas abandonner. Peine perdue, je suis fatigué de ces activités manuelles.

La Royale

Fin octobre je suis convoqué à la caserne chercher ma feuille de route. Je devrai être à la gare de Rennes pour un train en partance pour Bordeaux le cinq novembre. Très tôt, le lendemain le train arrive à Bordeaux où un car nous attend pour rejoindre Hourtin.


Au CFM Hourtin
Décembre 1973


Pendant les classes, entre initiation à la vie militaire, de marche au pas le fusil à l’épaule, je passe moult tests et à l’issue de ces derniers, l’officier orienteur me demande ce qu’il me plairait de faire. Je n’en ai aucune idée. Aussi bien conscient de mon niveau Bac -4, je suggère de faire Fusillier-marin. Me faisant comprendre que je peux faire autre chose, lui répond alors « tout sauf la mécanique ». Il me propose l’acoustique. En clair les sonars. J’accepte. Il aurait pu me proposer cuisinier ou bosco. Ce n’a pas été le cas. Et c’est très bien ainsi. Peut-être la marine avait un urgent besoin de DSM (Détection sonar) Début décembre les gens sont répartis dans différents cars. Les uns pour Lorient (Les futurs saccos), Cherbourg (les futurs fourriers) et Saint Mandrier près de Toulon (pour les artilleurs, détecteurs surface, sous la mer) La promo dans laquelle je suis intégré est constituée de gens de niveau terminale/Bac. Le plus faible (si tant est que l’on puisse utiliser cette expression) sortait de seconde. Alors moi, avec mon niveau de cinquième en vrille… Le premier mois, j’ai ramé (c’était une bonne entrée en matière pour la Marine). Les cours de physique et de mathématiques (tronc commun) ont été une rude découverte. Heureusement pour moi, un collègue (qui, je pense a dû faire une brillante carrière dans la Royale) m’a aidé à apprendre à résoudre des équations lors des heures d’études le soir entre dix-huit heures et vingt heures (c’était une école militaire). Je lui en suis encore reconnaissant. La formation sur les sonars a été plus facile. En effet, je partais sur un pied d’égalité avec mes camarades.

Dans le cadre d'une école militaire, les permissions n'étaient accordée qu'en cas de notes correctes aux multiples contrôles. Aussi quand j'en avais la possibilité, je me rendais chez mon grand-père paternel et son épouse. Son épouse, sa deuxième femme; le divorce est une tradition. En rentrant à Toulon le dimanche soir, Betty, c'est ainsi qu'elle se nommait, glissait dans mon sac un paquet de gateaux. Action anodine s'il en est, mais inoubliable. Je n'ai pas été habitué à ce genre d'attention. Sans compter mon treillis lavé et repassé.

A la même époque, mon grand-père a souhaité me faire tirer le portrait en uniforme. Pour ce faire, un samedi, nous sommes descendus à Cannes faire le cliché. Je l'ai longtemps trouvé académique, voire pompeux. Mais pouvait-il en être autrement ?

In fine, je termine dans la première moitié du classement. Après quoi chacun en fonction de son classement choisi son affectation. J’ai opté pour le Vauquelin. Pourquoi le Vauquelin ? Je ne sais plus. Toujours est-il que ces escorteurs ASM avaient de la gueule.



J’ai évité les escorteurs rapides. J’en avais un mauvais souvenir suite à une journée à la mer dans le cadre de la formation. Ce jour, la Méditerranée s’est progressivement creusée, et comme quelques autres, j’avais viré au vert …

Mon passage à bord du Vauquelin, je le relate ici. http://d628-vauquelin.fr/



Peu avant la vie civile. . .


La vie civile

J’ai quitté la Marine cinq ans plus tard pour deux raisons et demie. La première raison : Gamin, j’ai quasiment perdu un œil, (en cela, j’ai dû tricher lors de la visite médicale d’incorporation) et j’ai eu peur de me faire coincer lors du retour à l’école d’officier marinier. La deuxième raison : 1968 était encore très proche. Aussi, que ne m’a-t-on seriné que le civil c’est mieux. Je n’en ai jamais été persuadé, mais j’ai cédé. La raison et demie : Rester dans le corps des équipages me pesait un peu. Je voulais faire officier. Cela eût pris du temps, mais faisable sans mon problème d’œil. Au retour à la vie civile, ne sachant que faire, la Marine m'a permis une formation de calculateur en charpente métallique. J'ai fait ce choix à défaut d'autres. Je n'ai jamais exercé ce métier. J’avais un grand-oncle (celui qui avec Bertin avait conçu l’aérotrain) m’a fait rentrer dans un cabinet d’études sous-traitant de sa société. Je me suis retrouvé à faire du dessin de mécanique. C’était moins pire que de limer les boulons.

Mais j’ai rapidement vu à quoi ressemblait le civil que l’on m’avait tant vanté. Je ne m’étendrai pas sur mon ressenti.

J’y reste à peu près deux ans et démissionne à la grande surprise de mon patron. J’étais fou m’a-t-il dit. J’ai œuvré ensuite dans quelques petits bureaux d’études, et en parallèle des cours de préparation au CNAM pour, au moins valider un niveau de terminale.

A ce propos, je me souviens d’une anecdote. Ces cours du soir imposaient des devoirs à faire le soir. Là, pour le coup, je ne me suis pas défilé. Ces devoirs consistaient à résoudre moult équations. Et un soir lors du cours, le professeur demande aux gens de venir au tableau exposer leur travail du soir. Pour ma part, je n’ai quasiment rien fait. Je n’ai rien compris. Néanmoins, je lève le doigt pour résoudre un exercice. Sur l’estrade, j’exécute, développe les calculs et affiche un résultat. Le professeur regarde, demande à l’assistance s’il y a des objections. Pas de réaction. C’est bien. Je peux retourner à ma place. Arrivé à ma place, je scrute le tableau et ne comprends rien à ce que j’ai écrit. Aussi avant que le professeur n’efface pour laisser la place au suivant, je m’empresse de laborieusement recopier ce que j’avais brillamment développé peu de temps avant.

En juin, j’obtiens le sésame pour le CNAM. Mais je ne poursuis pas. Les mathématiques ne deviennent intéressantes qu’à partir du moment où elles commencent à empiéter sur les plates-bandes de la philo. En cela je pense aux théorèmes d'incomplétude de Gödel.



Grâce à une connaissance, j'ai intégré une société qui œuvrait dans le charbon. J’ai donc encore dessiné, mais des usines. Puis je suis allé sur place diriger le montage d’une usine dans l’est du Maroc en plein hiver dans la neige, une équipe de nuit. Comme quoi les opportunités mènent à tout. Puis ce fut l’automobile, l’aéronautique et le spatial. Ces derniers domaines me semblaient un peu en retard quant à la conception CAO, aussi je choisis de retourner à l’automobile. Dans l’ingénierie.

Un peu de divertissement ...

Drogue dure


Dans mon existence, j'ai eu des sentiments amoureux, mais fugaces. Le râteau et 24 heures plus tard, j'étais guéri.

Sauf une fois il y a plus de 30 ans, je croisais la route d'une jeune femme un soir dans un pub place de la République (à Paris) Je sortais d'une relation boiteuse (pour ne dire plus) Accoudé au comptoir, cette jeune femme trouve une place près de moi, se commande un verre. Avant même qu'elle ne prenne place, je l'ai observée à la dérobée. Et me suis dit: "Elle est trop belle pour moi, oublie ..." et de repiquer mon nez dans ma pinte de bière. La première piqûre arrive lorsqu’elle me demande du feu. En ces temps-là, le tabac avait droit de citer everywhere. Je parle de piqûre parce que j'ai commencé à m'injecter une drogue dure, très dure. J'ai donc plongé et commencé à échanger avec elle. Je n'ai pas le souvenir quant aux propos échangés sinon que de sa part, elle quittait un mec violent. D'où son désarroi. Nous avons bu, discuté, beaucoup bu, beaucoup discuté. Et in fine l’ai amené chez moi… L’alcool n’a pas aidé….
Le matin il n’a pas fallu trainer, elle avait un train à Montparnasse pour rentrer chez ses parents. Je l’y ai donc mené en promettant de se recontacter à son retour à Paris.

En rentrant chez moi, les effets du manque ont commencé à se manifester. La fin du Week-End sera pénible. Les journées suivantes au bureau n’étaient pas mieux. J’ai attendu quelques jours souhaitant que ce fût elle qui appelle en premier. Ce ne sera pas le cas, aussi n’y pouvant plus, je prends l’initiative et lui propose un plan restaurant. Ce que gentiment elle accepte. Le soir ou lendemain soir je la revois. Injection massive dans les deux bras, la tête, le cœur… Je ne lui ai parlé d’amour qu’une seule fois. Et elle de me répondre qu’elle avait donné… Durant presqu’un an, je l’ai revu chaque semaine. Au fur et à mesure, elle a eu des gestes tendres, c’est du moins ainsi que je les ai perçus. Mais à chaque fois, je me suis dérobé de peur de la voir s’éloigner. Comme la fois où lors d’un diner au restau, elle a semblé vouloir toucher ma main. Que j’ai retiré … La fois où attendant le métro pour la ramener chez elle passe une main sur mon épaule pour toucher dit-elle le col du blouson en mouton que je venais d’acheter. Et moi de me reculer. La quitter sur le pas de sa porte relançant le manque qui allait me tarauder jusqu’à la fois suivante.

L’été, je l’ai amené dans une maison que j’avais dans le Var. Nous sommes descendus en voiture. Pendant tout ce temps, je n’ai osé ni voulu tenter quoi que ce soit. Tant je craignais de briser quelque chose. Comme porter des deux mains un vase de cristal ultra fin et de ne pouvoir en libérer une pour se gratter la tête. Au retour à Paris, cela a duré encore quelques semaines. Aussi n’en pouvant plus, la journée au bureau, je n’avais qu’elle en tête. Et la nuit de même, le sommeil en moins. Un soir donc, après l’avoir ramené chez elle, et sitôt rentré chez moi, je prends le téléphone, l’appelle pour lui dire que je ne la reverrai pas. Je me souviens (ou crois me souvenir) que lorsqu’elle a décroché et m’entendant, le ton de sa voix semblait sinon enjoué, du moins avec de l’allant. Un ton qui m’a semblé s’éteindre quand je lui fais part de ma décision. Mais ne fait aucune remarque. Sinon de me demander si c’est définitif. Je le lui confirme. Elle en prend donc acte. Ce devait être un vendredi soir. J’ai passé le reste de la soirée et une partie de la nuit pour lui écrire une longue, très longue lettre lui expliquant les raisons de mon choix. Et le matin de très bonne heure, je me suis rendu chez elle déposer la missive dans sa boite aux lettre. J’habitais rue de Bagnolet, elle vers la porte de Montreuil, je crois…

Les jours et les quelques semaines qui ont suivi ont été une lutte pied à pied contre moi-même pour ne pas la rappeler. C’était pire qu’avant. Le manque était épouvantable. Je me disais que le sevrage ne devrait pas tarder. Il a tardé, et un soir n’y tenant plus, je décroche mon téléphone pour lui demander de ne pas tenir compte de ce que je lui avais dit et de l’inviter à diner quelque part. Ce qu’elle accepte. Et là, je replonge. Encore quelques temps. L’automne arrivant, j’ai l’occasion par le biais du copain de ma sœur de descendre des vieilles 504 Peugeot en Afrique. Lors d’une soirée, je dis à Anne-Marie (Car tel est son prénom) que je serai absent pendant trois semaines. Elle me demande si j’acceptais de l’emmener avec moi. Je ne me souviens pas de ma réponse. Néanmoins, ma sœur qui était au courant de mes errements sentimentaux me dissuade d’accepter. Le plan copain-copine ne tient pas la route.


Et c’est le cœur chaviré que je démarre la voiture à Blois. Direction Niamey. Et ce ne seront pas les soirées alcoolisées à Sidi Bel Abbes, les en-sablages sur la route de Tamanrasset, les soirées « pétards » avec les douaniers du cru qui changeront quoi que ce soit.




A mon retour à Paris, j’ai opté pour la désintoxication progressive en espaçant les rendez-vous. Une semaine, dix jours, quinze jours. Puis un mois, deux mois. Jusqu’au moment où son numéro n’est plus attribué. Peut-être avait-elle déménagé ? Je suis à la fois soulagé et déchiré. Soulagé, parce que je ne pourrai plus me droguer. Et déchiré pour la même raison.

De longues et pénibles semaines ont suivi. Plusieurs mois aussi. Ne plus avoir la perspective de la voir était chaque jour un cauchemar. Un cauchemar qui ne finissait pas. Cela a duré presque un an encore. Jusqu’au jour où j’ai contacté le lieu où elle travaillait à l’époque. J’ai eu une de ses anciennes collègues qui m’a bien aimablement donné ses nouvelles coordonnées. Et un après-midi au bureau, je l’ai de nouveau rappelée. Elle a semblé enchantée de m’entendre. Et m’annonce son mariage et dans la foulée m’invite à ce dernier… Pour ce faire, me donne son nouveau numéro pour convenir des modalités quant à la tenue de la cérémonie. Je m’empresse de ne rien noter, et essayer de ne rien retenir… Quelques temps plus tard, je me suis mis en ménage avec une personne qui avait deux très jeunes garçons. Cela me donnera une raison de m’investir. Sur les quinze ans qu’a duré cette liaison, les trois, voire quatre premières années ont été difficile, je n’étais pas encore sevré. Puis un jour, tout s’est éteint. J’étais libéré. Lorsque mon ménage a explosé, je n’ai pas ressenti grand-chose sinon que suis parti en vrille avec une gonzesse qui m’a pillé tout l’argent que j’avais de la vente de la maison que l’on avait acheté en province. Depuis, je suis guéri. Je n’éprouve rien, ne suis en manque de rien. C’est beaucoup plus confortable. Et avec du recul, me demande si ce n’était pas un peu puéril. Peut-être …

Retour au laborieux

Au cours d’une de mes missions j’ai eu à côtoyer le design. Des éléments de mon périmètre y étaient impactés. J’avais constaté un énorme fossé conceptuel entre le design et l’ingénierie. Au bout d’un moment, j’ai commencé à m’ennuyer dans mes fonction successives. J’ai donc passé un bilan de compétences où il est apparu que compte tenu de mes capacités créatives (dixit les tests), le design m’irait très bien. Cela me permettra de connaître les schémas intellectuels des designers qui choquent tant les ingénieurs. Il m’a fallu chercher la bonne école capable d’être financée par le FONGECIF. L’école de design de Chicago n’étant pas la bonne idée, j’ai déposé un dossier de candidature pour l’ UTC de Compiègne.

Je suis convoqué pour un entretien. Je n’ai jamais eu droit à un entretien aussi « saignant » Cela a été très dur. En effet, cette école ne recrute que des gens brillants, m’a-t-on dit. Sans doute pour évaluer ma motivation. Toujours est-il qu’en rentrant chez moi, j’étais convaincu d’être recalé. Mais quinze jours après j’ai été appelé pour me donner la date de début des cours. J’étais donc accepté. Entre temps, j’ai eu un accident de voiture. Aussi, je suis entré à l’université en septembre avec deux côtes cassées.

Dans ma promo, il y avait un couple d’étudiants chinois venus de l’université de Pékin, un ingénieur Japonais de l’université de Tokyo et un Espagnol de l’université de Madrid. Et aussi un gars qui a laissé tomber l’X (polytechnique) pour le design. Les horaires officiels de travail étaient de huit heures à dix-sept heures. En fait c’était plutôt six heures à minuit quand ce n’était pas plus. Une anecdote. La nuit qui a précédé une soutenance, l’étudiant Japonais a passé la nuit dans la salle des ordinateurs pour préparer son travail. On l’a trouvé endormi à côté d’un radiateur. Il avait terminé son mémoire. Jusqu’en mars, avant le stage, ça a été la course de fond, le nez dans le guidon, comme il est d’usage de dire. J’ai appris que j’étais reçu en septembre. Nous sommes retournés à l’UTC pour officialiser. C’est à ce moment que j’ai appris qu’un an avant, il y a eu plus de trois cent cinquante postulants pour quinze places. J’en étais.

De retour dans ma boite, je n’ai pas eu ce que l’on m’avait laissé espérer. J’ai donc démissionné. Et depuis, je fais de l’intérim sur des missions diverses pour lesquelles je n’ai aucune formation, mais parfois bien rémunérées. Quant au design, à l’âge où j’ai décroché mon parchemin, pour démarrer dans le design, il m’eut fallu avoir un book épais comme un dico. Donc c’est uniquement le niveau de diplôme qui m’a permis de faire ce qui m'a dans l'ensemble assez plu.

Et maintenant ?



Maintenant que vais-je faire ? (Merci Bécaud) Pas grand-chose. Je finis rarement ce que je commence. Peut-être cela m'ennuie-t-il rapidement ? En fait j'ai toujours été rêveur et et ce malgré les incitations musclées, revêche aux emballements collectifs. Je suis plus sensible à la contemplation des paysages des peintres Flamands, au cheval qu’aux spectacles des concours de football. Ce n'est pas bien, dit-on ...

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