Dans cette rubrique, je vais sans doute froisser de beaux esprits. Les grands prêtres et prélats des temps présents que sont les faiseurs d'opinion officiellement reconnus. Je n’aurai pas l’outrecuidance de me comparer au Chevalier de la Barre qui fut comdamné à mort dans d’atroces conditions pour, je cite:

« Atteint et convaincu d’avoir passé à vingt-cinq pas d’une procession sans ôter son chapeau qu’il avait sur sa tête, sans se mettre à genoux, d’avoir chanté une chanson impie, d’avoir rendu le respect à des livres infâmes au nombre desquels se trouvait le dictionnaire philosophique du sieur Voltaire »

Il n’en reste pas moins, que lors d’un séminaire à l’APEC, où j’avais fait allusion à des commentaires un tant soit peu ironiques, voire cinglants de ma part quant aux propos convenus sur des forums dits professionnels consacrés aux entretiens, aux RH, à ce qu’il faut dire ou ne pas dire lorsque l’on cherche à se faire embaucher. Il m’a été dit que cela n’était pas prudent. En effet, si un recruteur tombait sur mes propos, je risquais d'être soupçonné d'avoir un mauvais esprit. Et par là même de faire « peur » à ce dernier. Et ce, en dehors de tous critères de compétences professionnelles. Et donc, de rester sur la touche et condamné à plus ou moins brève échéance à la mort sociale. Ce n'est plus le supplice de la roue, mais autres temps, autres mœurs, je ne suis à l'abris de rien.

Aussi, pourquoi m’expose-je ainsi ? Par provocation ? Peut-être un peu, mais pas seulement. Le « Politiquement correct » et la « Bien pensance » sont du chloroforme, voire du formol pour l’esprit.

Pour autant, ce ne sera jamais une quelconque attaque ad hominem. Pour moi, c’est évident, mais il n’est sans doute pas inutile de le rappeler.

Une personnalité des « zarsetdélettres » peut avec profit se livrer à de telles digressions. Mais quid de tels propos venant d’un manant ?

Croissance et Compétitivité

Voilà deux récurrences de taille. Notre bonheur futur, (car le bonheur est toujours futur) tient en ces deux expressions. En cela, je pense à la vielle rengaine des régimes communistes qui parlaient jusqu'à plus soif des lendemains qui chantent. Comme quoi le système qui nous régit fonctionne sur les mêmes schémas. Finira-l-il de la même manière ? Les entreprises en général, les boites de conseil et agences de communication en particulier ne sont pas en reste. Elles sont toutes leader sur le marché voire incontestables et bien sûr toujours en forte croissance.

La croissance

La croissance est une divinité implorée par nos dirigeants. Tels les prêtres de l'antiquité suppliant la mansuétude des dieux avec force manifestations spectaculaires devant le monument dédié. Devant une foule anxieuse, les prêtres égorgeaient, éviscéraient ou brûlaient des victimes expiatoires. Ce pouvaient être de jeunes vierges ou des animaux, c'était selon. Nos dirigeants n'avouent pas l'implorer, cela ferait mauvais genre et montrerait au peuple que le roi est nu et ne maîtrise plus rien.

Et de me souvenir de la citation de Cocteau:

« Puisque ces choses nous dépassent, feignons d'en être les instigateurs »

Ils convoquent la croissance ! Un président s'était même proposé d'aller la chercher avec les dents ! Rien que cela. Cela n'a pas suffit. Mais si elle ne vient pas, ce ne sera pas de la faute du (des) grand(s) prêtre(s) ce sera la faute de la plèbe qui a renâclé devant l'effort qui lui est demandé et les grands prêtres de tancer les mauvais éléments.

La compétitivité

La compétitivité est un concept moins éthéré. La compétitivité n'est pas implorée, elle est appliquée mais toujours dans le même but : notre bonheur futur. Pour cet objectif, il n'y a pas de menus sacrifices, et la plèbe se doit de les subir avec l'exaltation du premier chrétien face aux lions dans l'arène. Le bonheur futur ne se marchande pas. Qui aurait l'inconscience de remettre en question ces évidences ?
Il y a bien sûr des irréfléchis qui s'y risquent mais ils sont de facto voués aux gémonies. Ils pourraient être qualifiés de rêveurs,La compétitivité a un handicap majeur encore difficilement contournable. Ce handicap, ce boulet, c'est la ressource humaine. Parce que nous sommes une ressource humaine.

Et la ressource humaine coûte cher ! Comment s'en passer ? Dans l'immédiat, on va chercher la ressource humaine moins chère ailleurs. A force de chercher toujours plus ailleurs, et peut-être chercher à employer les ours au pôle Nord. Que se passera-l-il lorsque l'on aura éradiqué cette plaie ? Il n'y aura plus de consommateurs ! Diantre ! Consommateurs et « ressource humaine » est une seule et même personne ? Cela me rappelle une autre anecdote :

Aux débuts de l'automatisation des ateliers d'assemblage automobile, un dirigeant d’une firme fait venir le représentant syndical, lui fait visiter l'installation remplie de robots soudeurs, robots monteurs, robots peintres, et lui tint ceci :

Vous voyez, mon cher, ce machines travaillent vingt quatre heures sur vingt quatre, n'ont pas besoin de tickets restaurants, n'ont pas d'arrêts maladie et ne font pas grève ! Le contraire de vos adhérents !
Et le syndicaliste de lui répondre :

“Très bien, mais ce n'est pas vos robots qui achèteront vos voitures”

Pour l'instant, pas de problème, la ressource humaine pullule encore et par voie de conséquence, le consommateur consomme. Bien sûr, pas autant qu'il le faudrait, mais il consomme. Et si le consommateur consomme, le moral des ménages est bon. Dans le cas contraire, une grosse manifestation sportive avec des gagnants bleus blancs rouges, et la consommation repart. Que du bonheur vous dis-je !

La crise ? Quelle crise ?

Voilà plus de trente ans que la noblesse nous tympanise l'esprit sur "La crise". Et son corrolaire le chômage et les revenus qui fondent et qui génère chez les plus fragiles une situation de misère. Régulièrement depuis plus de trente ans, nos dirigeants, nos princes devrais-je dire pour être élus, et ensuite à chaque discours de fin d'année ânonnent leur priorité quant à leur lutte contre le chômage. Je fais allusion au chômage parce que c'est un sujet qui parle à tout le monde. A tout le monde, c'est à dire à la plèbe. C'est à dire Moi, toi lecteur(trice). Car je suis bien conscient que cette prose ne risque pas d'être lue par un(e) représentant(e) de notre noblesse. Quelle soit politique, financière, médiatique ou autres.

Ceci étant, cette vidéo extraite d'une émission 'Ce soir ou jamais' diffusé sur France 2 et présenté par Frédéric Taddeï reflète complètement ce que je pense depuis plus de quinze ans. Plus exactement lors de la réélection de Jacques Chirac en 2002. Ce dernier, pour se faire élire proclamait à qui voulait l'entendre:

«Les salariés ne doivent pas être les oubliés de la croissance.
Ils doivent obtenir leur juste part dans le développement de notre économie.
La feuille de paie n'est pas l'ennemi de l'emploi.»
Mercredi, 11 Octobre, 1995 L'Humanité.

Une fois élu, les choses n'ont pas bougé. La finance se portait de mieux en mieux. La pauvreté gagnait du terrain. Ses successeurs n'ont pas été en reste. D'où la question que je me suis posé: Quels sont leurs donneurs d'ordre ? Parce que force est de constater qu'entre le discours destiné à la plèbe avant et après élection et les faits, il y a un drôle de fossé. J'en avais tiré des conclusions. Cette vidéo confirme ma pensée.





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