En écoutant ou lisant les médias, il est des termes qui reviennent en boucle, il ne se passe pas un jour sans que nous n’ayons l'occasion d'en croiser un au travers d'un reportage, d'une pub ou d'un éditorial. En y prenant attention, il en ressort une impression étrange quant à ce que nous sommes au travers de la société dans laquelle nous évoluons. Un Martien (ou un Plutonien, ce sera selon) attentif à ce phénomène pourrait se faire une idée surprenante, hilarante ou navrée de l'image que nous donnons au travers de ces redondances langagières. En cela, je parle de ces expressions utilisées pour forcer le trait de n'importe quel événement aussi insignifiant soit-il.

Au temps de l'ex URSS, il existait aussi un phénomène similaire dans le discours officiel. Je précise “officiel” car il n'y avait bien évidemment pas d'autres canaux d'information. On parlait alors de l'avenir du prolétariat, de la liberté du travailleur, des impérialistes. Il est à noter que le système stalinien parlait de liberté comme les intégristes religieux de toute obédience parlent d'amour. On appelait ça la “langue de bois” et ce n'était pas bien. On en parlait alors avec un peu d’ironie. Je dis “un peu” parce qu'à l'époque, en face, il y avait du répondant.

La diplomatie incitait à lisser le langage. Après la chute du mur, cela a bien sûr été la curée. Tout le monde (en cela, je parle de tout ou presque des penseurs ou maîtres à penser) l'avait prévu. Et plus fort encore, 1'un d'eux (dont je n'aurais pas la cruauté de citer le nom) de prédire la fin de l'histoire. Je ne parlerais non plus de la mondialisation heureuse qui pourrait entrer sous la rubrique “langue de bois pur sucre “ et qui nécessiterait un ouvrage à part. Mais alors quels sont donc ces expressions dont on nous rebat les oreilles à toutes occasions ?
Ce sont, entre autre celles-ci:

1. Nous fait rêver.

2. Se ruer vers . . .

3. Pas de panique.

4. Quel est votre secret pour . . . ?

5. Des centimes d’Euro.

6. Les passions.

Qui n'a pas entendu ou lu ces formules utilisées jusqu'à la nausée pour tout et n'importe quoi ? Il est à croire que nous ne n'avons plus d’autonomie comportementale et intellectuelle et que notre comportement est totalement formaté.

Je ferai aussi un passage vers la rhétorique économique qui, elle aussi ne manque pas non plus de saveur. Pour autant que nous soyons en mesure de la considérer avec un peu de recul. En cela, je parlerais des nouveaux dieux ou idoles devant lesquels nous devons danser, implorer les grâces et procéder à moult sacrifices. Ces sont les dieux Croissance et Compétitivité. On n’y échappe guère. Les grands prêtres qui régissent nos existences ne manquent pas une occasion pour nous en remettre une couche. Ainsi va notre société tout le temps en quête de sens. Ce sens, qui n'a pas de quoi emporter l'adhésion des foules, il suffit de faire semblant d'y croire. Toutes ces locutions, mots clés, (façon novlangue) chère à Orwell nous envahissent et si nous n'y prenons garde nous bétonnent le cerveau.

Nous sommes en fait un troupeau qu'il est indispensable de faire rêver. Rêver avec quoi ? Comment? Il est un fait que l'homo Sapiens mondialisé, plus communément appelé “consommateur “ ne semble plus avoir les moyens de penser par lui-même. Il ne peut avoir de vie onirique personnelle, il lui faut donc un référentiel formaté. Quels sont donc les outils aptes à faire rêver ? Le premier et de loin le plus utilisé est le sport. Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus fort. Toujours plus quelques choses. La compétition doit faire rêver la plèbe ! Que n'a-t-on pas lu à la une d'un journal “ Faites nous rêver “ A propos d'un championnat très lucratif pour les donneurs d'ordre ? Mais rêver de quoi? A la victoire? Mais après? Le petit rêve se prolongera sans doute en faisant l'acquisition des produits dérivés. La divinisation des vainqueurs, l'identification à ces derniers qu’il est de bon ton de prendre pour exemple. D'ailleurs ne les voit-on pas utiliser, acheter ou vanter des produits sensés mettre en valeur leurs talents ou compétences. Et nous de suivre pour continuer à rêver. . . Impossible autrement. En cas de défaite c'est “vae victis” mais c'est une autre histoire.

Il y a les voyages. Ceux que font les autres, bien évidemment. Ceux, qui dûment rétribués parcourent la planète pour, encore une fois nous faire rêver. Le segments le plus porteur est le coin “cocotier “ Impossible d'y échapper. Quel concours n'a pas un séjour sous les cocotiers comme premier prix? Le lagon est plus porteur que le littoral métropolitain. On vous offre à voir ce que vous ne vivrez peut-être jamais! L’inaccessible fait rêver, c'est bien connu. Mais toujours formaté de la même façon. Penser différemment fait figure de marginalité.

Il y a aussi les people pour nous faire rêver ! Leurs faits réels ou supposés dans des endroits inaccessibles pour l'impétrant rêveur. Au cours d'activités somme toutes d'une affligeante banalité, le people fait rêver ! En général, le people se marie (Il se marie tout le temps) avec un autre people. Il fait un bébé (Il en fait tout le temps) avec un autre people. Il se baigne sur une plage people, fréquente une boite de nuit people. Le rêveur a son compte de rêve. Chez les people, il y a la maison de rêve, la voiture de rêve, tout chez le people n'est que rêve. Bonjour l’originalité! Rêver ne doit pas être une démarche personnelle. Il n'y a qu'une façon de rêver, C'est rêver à ce que l'on nous donne à rêver. On a besoin de référentiel, on ne peut rêver autrement. C'est du moins ce que la presse laisse à penser.)

Mais je ne veux pas être médisant à propos de la presse. La presse, n'est jamais que le miroir de ses lecteurs. Alors, faut-il en déduire que de facto la majorité des gens ont, sinon les mêmes aspirations, les mêmes rêves? J’ose espérer que non. Néanmoins, ce que j’observe ne va pas dans le sens de mes espérances. La plèbe* rêve de cocotiers, l'aristocratie y a son pied à terre.

En parlant d'aristocratie, je pense à tous ceux qui sont très bien payés pour nous vendre ces “ rêves “ Pour cela, je renvoie au livre de Frédéric Beigbeder “99 F” (On pourrait maintenant remplacer le "F" par "€") Les vingt premières pages ont tout dit. Si quelques esprits chagrins lui reprochent de cracher dans la soupe, ces derniers n'ont rien compris au système. Cette diatribe ne le remettra nullement en question et ne lui causera aucun tord. L'auteur explique même pourquoi. Le mécanisme d'abrutissement de la plèbe tourne en roue libre, la preuve, la plèbe en redemande. Les chaînes de télé commerciales ne se sont jamais si bien portées et les chaînes publiques se mettent à les singer. C'est dire si tout cela est bien huilé! Pour autant, je ne me vois pas refaire le monde, pour cela, j’ai donné ainsi que bien d’autres. Et là n'est pas la question. Mais force est de constater que même en refusant d'agréer ce message, je ne puis éviter, (à moins de vivre en anachorète sur Pluton) d'en boire sinon une louche, du moins une cuillère régulièrement et ce, à mon corps défendant. Qui ne dit mot, consent, dit l'adage, aussi, je parle pour ne pas consentir. Mais à défaut de consentir, je dois subir. Difficile d'y échapper. D'autant que tout ce que l'on soumet à l'avidité du consommateur (trice) est forcément incontournable.

* Je me dois de rappeler que ce terme n'est en rien péjoratif ni condescendant, je reprends l'expression dans son acception latine stricto sensu.

On ne fait rien sereinement, il faut obligatoirement se ruer vers l'objet de notre désir. Il suffit de lire ou d'écouter les médias à l'époque des soldes. On ne va pas faire des emplettes en période de solde, non pas, on se rue ! C'est Pavlovien. Le citoyen, pardon ! Le consommateur est prié de se ruer vers les magasins. Impossible de faire autrement, Ce serait suspect. J'imagine le consommateur, chez lui, l'œil hagard, dans une anxieuse attente des soldes, prêt à bondir, à se ruer vers le ou les magasins annonçant le Graal consumériste. Un nouveau produit et c'est la queue en pleine nuit devant le magasin pour être le premier à posséder l'objet soumis à la convoitise maladive du consommateur. Pour le coup, ce n'est pas une boutade, c'est du réel, j'ai vu le prodige lors d'un reportage télévisé. Dans ce reportage, il fait encore nuit, sur le trottoir, une longue file attend l'ouverture du magasin. Le reporter s'adresse à une personne lui demande ce qu'elle fait.

Cette dernière lui donne les raison de son attente: Le produit vient de sortir, il le lui faut absolument. Pourquoi? C'est tendance et il faut être le premier à l'obtenir. Je veux croire que ces gens allumés doivent représenter une minorité, mais au travers des médias, j'ai l'impression d'être assimilé de facto à ces gens. Mais pourquoi doit-on systématiquement se ruer ? Ne peut-on y aller tranquillement? Il faut tout faire vite. Surtout quand il s'agit de répondre à une sollicitation commerciale. Inscrivez-vous vite; achetez vite. Le n'importe quoi doit-être fait rapidement dans l'urgence. Sans doute pour éviter de réfléchir à quoi l'on s'engage. Il est à noter que l'on ne se rue pas systématiquement dans les magasins, on se rue aussi vers des spectacles et événements en tous genres.

Car ces spectacles et événements sont bien évidemment incontournables. Il y a aussi le dernier album de (mettre le nom que l'on voudra) “enfin dans les bacs” vers lesquels il est de bon ton de se précipiter. Se précipiter, courir vers, toujours se ruer. Pour être le premier ? Le premier à quoi ? Le premier à obtenir l'objet ? Le service ? Pourquoi devoir être le premier ? Achetez vite, il n'y en aura pas pour tout le monde, criaient jadis les bateleurs, qui faisaient planer le risque de pénurie pour affoler le chaland et le pousser à l'achat. Pour autant que je sache, sous nos latitudes, il n'y a pas pour le moment de risque de pénurie. Ou bien la réutilisation de la vieille astuce de vendeurs de foire à une époque où l'abondance à outrance n'était pas de mise? Il y aussi un autre moteur à cette incitation à cette hâte permanente. C'est le concept d'esprit de compétition. On nous tambourine le cerveau que nous vivons une compétition permanente. Continents contre continents, pays contre pays, régions contre régions, ville contre ville, quartier contre quartier, gens contre gens. Partout il faut être le meilleur. Et pour être le meilleur, il faut courir. Courir pour aller où ? On ne sait, mais il faut courir. Et les gens courent. Pas étonnant que les sports, le sport, devrais-je dire occupe une place importante dans la presse où la télévision. La plèbe est priée de s'identifier aux champions qui les fait rêver (Voir plus haut)

Paul Yonnet, dans un de ses ouvrages intitulé « Jeux, modes et masses » n’est pas tendre non plus sur le sujet. Son ouvrage date de 1985. Toujours est-il, que j’ai retrouvé un passage que j’avais surligné à l’époque :

"Depuis dix ans, tous les stratagèmes ont été utilisés pour faire croire
qu’il valait mieux s’intéresser au destin athlétique des vedettes plutôt qu’au sien."

Il me faudra relire ce bouquin, pour au moins m’assurer que même sorti de son contexte, l’extrait reste fidèle à ce que voulait dire l’auteur.

Il faut se ruer avec d'autant plus d'ardeur que le produits a été plébiscité par des millions de gens voire même “ vu à la télé “ Cette dernière référence semble même être un must. Il est bien connu que le choix du plus grand nombre est une référence. Il suffit de consulter les programmes de télévision pour s'en rendre compte. Déjà, Sénèque il y a deux mille ans le remarquais, lui qui écrivait dans "La vie heureuse":

Les affaires humaines ne sont pas de telle nature, hélas, que les meilleurs choix plaisent au plus grand nombre;
et Ia preuve du pire, c'est la foule.

Courir, toujours courir tel est le leitmotiv de nos sociétés. Courir vers où ? On ne sait, mais il faut courir. Quelques esprits lucides parlent de courir pour aller dans le mur. Cela me paraît assez pertinent d'autant que les objectifs que nos dirigeants nous assignent sont à terme totalement surréalistes (Cf. croissance)
Compétition et Compétitivité jusqu'à plus soif. La Compétitivité, j'en parlerais plus loin. J’espère être là le jour où les gens décideront de cesser de courir au grand dam de nos décideurs. En attendant ce moment, on continue de courir puisqu'il en va de notre bonheur. Etre ou avoir, la question ne se pose même plus. Il faut avoir. Toute raison sera bonne pour le justifier. Travailler plus pour gagner plus a dit un président. Mais gagner plus, pourquoi ? Pour pouvoir vivre dignement ou pour s'acheter le dernier écran 16/9, le plus gros 4x4 du quartier, jouer au (à la) « flashions victim ». Tout cela acheté bien sûr à crédit. Dans le premier cas, cela signifie que les gens sont exploités, dans le second, ils sont pris pour des cons. C'est rien que du bonheur nous dit- on. Et nous sommes priés de le croire sur parole.
Encore une fois, on a besoin de maître à penser, de maître à réagir pour gérer notre hystérie collective. En fait, nous sommes à ce système économico-social ce que les poules de batterie sont au mode d'élevage qui les fait exister (brièvement et cruellement d'ailleurs) En effet, à l'instar des ces pauvres bêtes à moitié déplumées, complètement abruties dans un local surchauffé, éclairé en permanence pour être incitées à manger jours et nuits, considérées comme un produit qui doit être bien évidemment rentable. Une poule qui ne grossi pas est immédiatement mise au broyeur. Quant à nous, notre local surchauffé est en général plus diffus, mais les centres commerciaux pourraient en être une bonne image. L'éclairage permanent pour nous faire consommer toujours plus : les panneaux publicitaires dans la rue, les spots de pub à la télévision. Le poulet qui ne grossi pas, c'est le chômeur. Ce dernier ne consommera pas comme il se doit, aussi, il a droit au broyeur social. Pour les personnes faiblement rémunérées, le crédit fera office d'hormone de croissance.

N'avez vous jamais entendu le journaliste à la télévision, lorsqu'un événement d'une importance très relative poser gravement la question : Faut-il avoir peur de. . . Parce que c'est évidemment le premier sentiment qui nous doit nous envahir à l'annonce d'un incident ou accident aussi regrettable soit-il même s'il nous implique d'une façon très indirecte, si tant est que cela puisse nous impliquer. Mais si l’événement défraie la chronique, on doit de facto éprouver le sentiment qui nous est suggéré.

"La France a peur" avait doctement annoncé le journaliste TV Roger Gicquel en 1976 à l'occasion du meurtre d'un enfant. Ainsi, à l'instar de mes concitoyens, j'étais prié d'avoir peur. Mais peur de quoi ? Sûrement du tueur qui viendra rôder sous mes fenêtres. Personnellement, je n'ai pas gardé de séquelle de cette angoisse. Mais c'était il y a longtemps. Un avènement chassant l'autre, ce sera une autre peur, voire une autre panique qui devra m'envahir à l'annonce du prochain couac sociétal. Lors des affaires d'épizootie, il était conseillé de ne pas paniquer. Devions-nous avoir peur d'acheter du poulet ? J'imagine les gens tremblants, le front perlé de sueur, les mains moites, les jambes flageolantes se rendant chez leur volailler. Car à la télévision, le journaliste posait gravement la question : doit-on avoir peur d'acheter du poulet ? Et de répondre tout aussi gravement pas de panique ! Nous pouvions cesser de trembler. Tout était dit, nous devions surmonter notre indicible peur.

Nos doctes informateurs ont sûrement lu Gustave Lebon. Dans ce livre, Gustave Lebon. Spécialisé dans l'étude des comportements collectifs, on peut lire que les points essentiels à rassembler pour provoquer un mouvement de foule sont les suivants. D’abord : Un choc émotif important (l’annonce d'une catastrophe), ensuite il faut un mot d'ordre lancé par des leaders d'opinion à l'encontre d'un présumé coupable. Le troupeau décérébré incapable de réaction individuelle que nous formons est prié d'en prendre acte. Pourtant l'individualité est de nos jours portée au pinacle. L'instinct grégaire y est néanmoins dûment encouragé. Est-il possible d'imaginer les gens capables de jugement, à savoir dans le cas qui précède, de décider par eux même, après avoir eu connaissance de l'information d'acheter ou de ne pas acheter ?

Un autre exemple le lendemain des attentats du 11 septembre, la question était de savoir s'il fallait encore prendre l'avion. Fallait-à-il avoir peur des transports aériens ? Sachant que les autorités resteront au maximum sur les dents les jours suivants l'attentat, on pouvait parier que les auteurs ne réitéreraient pas immédiatement. C'est donc à cette période où il y avait le moins de chance (si l'on peut dire) de voir l'événement se reproduire. Il n'en reste pas moins que l'affolement a eu lieu, en effet, des compagnies aériennes ne s'en sont pas remises.

En cela, je me souviens d'une blague somme toute très logique : Avant de monter à bord d'un avion, un homme porteur d'une bombe désamorcée est arrêté. N'ayant pas de passé judiciaire, ni appartenant à une quelconque organisation, les enquêteurs lui demandent le pourquoi de son geste. Et notre homme de répondre : j'ai lu qu'il y a environ 1% de risque de voir une bombe dans l'avion et 0,0001% d'en voir deux. Aussi en venant avec la mienne, j'ai à peu près aucun risque d'en voir une seconde dans l'appareil que je prendrais.

Cette boutade m'a bien fait rire, mais je ne pense pas que mon alacrité soit partagée par le plus grand nombre. Mais il ne faut pas rire des ces choses là ! On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui, disait le très regretté Pierre Desproges. Il n'en reste pas moins que les différents drames collectifs qui sont le quotidien de nos existences ne sont pas traité de la même manière selon la latitude où l'événement se produit. Il suffit de comparer la différence de traitement entre ce qui s'est passé un certain 11 septembre et sur ce qui se passe en continu dans la corne de l'Afrique. Je me souviens que lors d'un anniversaire du 11 septembre, il a été demandé aux gens de procéder à une minute de silence ! Pour les gens d'Afrique, une compassion compassée ira bien quand les médias y feront allusion. En cette occurrence, les médias n'y sont pour rien, les choix politiques et diplomatiques ne relèvent pas de leurs compétences. La façon de traiter l'information oui.

Un extrait d'une note de lecture trouvée sur la toile consacrée à l'ouvrage de Gustave Le Bon "Introduction à La psychologie de foules":

Mais, dira-t-on, puisque les seuls éléments dont est formée la société sont des individus, l'origine première des phénomènes sociologiques ne peut être que psychologique. En raisonnant ainsi, on peut tout aussi facilement établir que les phénomènes biologiques s'expliquent analytiquement par les phénomènes inorganiques. (…) C'est qu'un tout n'est pas identique à la somme de ses parties En vertu de ce principe, la société n'est pas une simple somme d'individus, mais le système formé par leur association représente une réalité spécifique qui a ses caractères propres. Sans doute, il ne peut rien se produire de collectif si des consciences particulières ne sont pas données ; mais cette condition nécessaire n'est pas suffisante. (…) En s'agrégeant, en se pénétrant, en se fusionnant, les âmes individuelles donnent naissance à un être, psychique si l'on veut, mais qui constitue une individualité psychique d'un genre nouveau.

NB.:
Pour anticiper un éventuel procès en cuistrerie, je me dois de préciser que les citations qui précèdent ou qui vont suivre, sont tirées d’une part de mes lectures et aussi de notes trouvées sur la toile suite à des renvois que j’ai aussi trouvés sur d’autre ouvrages également lus.

Je me souviens d'un reportage concernant un très vieux monsieur au fin fond de son village dans une lointaine campagne peu fréquentée par les people. Il devait, si mes souvenirs sont bons dépasser les cent printemps.
Il était assit sur un banc, sur le coin de ses lèvres, une grosse cigarette au tabac brun achevait de se consumer. Et le reporter de lui poser la question qui tue Alors, Monsieur, quel est votre secret pour vivre si longtemps ? Parce qu'il est bien évident que ce monsieur a un secret pour vivre si vieux. Tout jeune, il devait déjà avoir un secret qui le mènerait sur terre si longtemps, c'est bien connu. Le vieux monsieur n'est pas allé chez lui ressortir un vieux grimoire où seraient répertoriées les différentes étapes à suivre pour être assuré d'arriver à un âge canonique. Il a réfléchi un peu et fait allusion à son paquet quotidien de Gitanes maïs et de sa bouteille de vin. Il n'avait pas d'autres réponses à formuler. D'où l'embarra du reporter... Boire, ce n'est pas très bon, fumer, n'en parlons pas ! En fait le sujet n'était pas tendance. Je ne sais plus comment le reporter s'en est tiré. La question idiote est quand même sortie. Par contre la mamie de cent-vingt ans qui avait défrayé la chronique il y a quelques années était politiquement plus correcte. En effet, le carré de chocolat, le petit verre de Porto quotidien et le couché de bonne heure, c'était le secret. C'était plus consensuel et le (la) journaliste n'a pas eu à trouver un quelconque subterfuge pour se raccrocher aux branches si nous avions eu droit à une réponse politiquement non correcte. Que ne l'a-t-on su plus tôt ! Le secret gardé si longtemps par la brave dame dévoilé plus tôt eût sauvé bien des gens mais fait le malheur des acheteurs de viager et des caisses de retraite. Mais avant c'était un secret... . Maintenant ça ne l'est plus. Vous savez ce que vous avez à faire pour vivre très, très vieux.

Comment fait-il (elle) pour rester si jeune, si beau, si riche (rayer la (les) mention(s) inutiles) Sachant qu'un secret est par définition quelque chose d'indicible, l'absurdité de la question saute aux yeux ou aux oreilles. Mais les lieux communs font le sel de l'information ou plutôt de la communication, alors pourquoi s'en priver ?

Cela fait combien de temps que nous avons changé de monnaie ? Plus de dix ans ! Et depuis plus de dix ans, il y aurait encore des gens pour l’ignorer ? On pourrait le penser. En effet, quand il est question de centimes, il est de règle de vous préciser Centimes d’Euro. Pourquoi ? Y aurait-il encore des centimes de franc ? Bien qu’à l’époque je ne me souviens pas avoir eu à m’entendre préciser vingt Francs et dix centimes de Francs. Peut-être pour ne pas se faire refiler des centimes de roupies. A moins que des gens encore imprégnés du Francs aient encore besoin de cet indispensable rappel.

Il est bon de rappeler que le passage de l’ancien Franc au nouveau Franc n’est, pour certain jamais passé. Mais pour l’Euro, il n’y a pas de confusion possible. Et ce, même pour les plus irréductibles. La monnaie en cours sous nos latitudes est bien l’Euro ainsi que les centimes qui lui sont associés. Alors pourquoi ce besoin de préciser centimes d’Euros ?

Pour peu que l’on avoue apprécier, voire aimer faire ou pratiquer quelques choses, il est de bon ton de caractériser ce(s) penchant(s) comme étant de facto des « passions » Sans quoi les activités auxquelles on aime (seulement) s’adonner ne sont plus dignes d’intérêt. C’est, pour moi l’expression chimiquement pure de ce que je nomme :
« Les hypertrophies langagières »

La juste mesure des choses et des mots, que nenni ! D’ailleurs, que signifie le mot « Passion » ? Si l’on se réfère à sa définition officielle (à ce jour, du moins) qui est celle-ci :

« Passions définition: État affectif intense et irraisonné qui domine quelqu'un »

Ce qui pour moi relève plus de la pathologie psychiatrique que du penchant de bon aloi. Voilà pourquoi, j’ai une bonne raison de ne pas avoir de passions. Il y a des choses que j’aime faire, d’autres non. Et donc en vertu du principe Orwellien, de la Novlangue, je n’ai pas de passions, donc je ne m’intéresse à rien. CQFD


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